VISITE: CÉSAR MANRIQUE, SUR LES TRACES D’UN ARCHITECTE ENGAGÉ

 

 


Itinéraire en sept entrées, sur les traces d’un artiste engagé.

Avec ses plages de sable noir, ses cactus sculpturaux et ses lumières magnétiques, Lanzarote fascine. Elle est sans doute l’île la plus singulière de l’archipel.

Une terre brute où flotte des airs de fin du monde d’une beauté fragile qu’un homme, profondément attaché à son territoire, s’est toute sa vie acharné à préserver : César Manrique.

 

Né en 1919 à Arrecife, Manrique découvre très tôt les œuvres de Picasso, Matisse ou Braque. Il fréquentera les Beaux-Arts de Madrid s’imprégnant des avant-gardes de l’époque avant de s’envoler pour New-York dans les années 60 où il sera au contact des grands noms de l’expressionnisme abstrait. Déçu par l’urbanisation excessive et une surconsommation aux antipodes de son éducation, il rentrera quatre ans plus tard à Lanzarote sentant les prémices destructrices du tourisme de masse sur les littoraux. Il s’engage alors dans la préservation des paysages de son île qui deviendra le point de départ de son idéologie esthétique : le nature-art.

D’artiste peintre et sculpteur à architecte paysagiste, il défend une île où l’architecture ne domine pas le paysage mais s’y fond. Où la lave, le vent et la lumière dictent les formes. Une architecture vernaculaire parfois troglodyte, s’intégrant parfaitement à ce paysage lunaire, entre dunes de sables noires et cratères verdis par une nature ayant repris ses droits.

(il influencera durablement l’identité de Lanzarote par l’instauration de plusieurs règles urbanistiques comme la limitation des hauteurs des constructions (limitée à deux étages), l’absence de publicité invasive ou encore le respect des matériaux locaux.)

FONDATION CéSAR MANRIQUE

En 1970, l’architecte découvre un terrain singulier pour y construire sa maison. Sous une plaque de lave de 30 hectares, il découvre cinq bulles volcaniques naturelles qu’il reliera entre elles par des tunnels. Aujourd’hui convertie pour héberger la Fundación César Manrique , la maison dévoile un labyrinthe organique fait de salons creusés dans la roche, de bassins, de terrasses baignées de lumière qui sont autant de points à contempler. Le jeu d’étage et de demi-niveau permet d’admirer l’ensemble par des perspectives différentes. Le blanc y dialogue avec la pierre noire et contraste avec le orange auquel César est attaché et qu’il placera subtilement par touche. Une maison sculptée pensée comme un refuge pour y accueillir ses amis et les nombreuses fêtes qu’il y organisera.

 
 
 

Jardin de Cactus

A l’Est de l’île, le Jardín de Cactus rassemble plus de 4500 spécimens. Un amphithéâtre végétal où les silhouettes graphiques des cactus répondent à la rigueur des pierres volcaniques. Comme dans l’ensemble de son oeuvre, l’architecte imagine le projet dans sa globalité, de la signalétique aux dessins des luminaires, du mobilier et autres garde-corps. Le lieu est à la fois brut et délicat, presque méditatif.

 
 
 
 

EL DIABLO

Au cœur du Parc national de Timanfaya, la terre semble encore vibrer. Les paysages y sont parmi les plus spectaculaires de l’île. Manrique y signe notamment le restaurant El Diablo, cercle posé sur la lave où le feu devient élément de cuisine. Sa structure circulaire divulgue de grandes baies sur le paysage offrant une vue panoramique sur les champs de lave. La décoration intérieure minimaliste met quant à elle en valeur le caractère volcanique et dramatique du lieu.

 
 

MIRADOR DEL RIO

Au Nord de l’île, perché à flanc de falaise, le Mirador del Río se devine à peine dans le paysage. A 474 mètres au-dessus du niveau de la mer, il condense toutes les caractéristiques du style Manrique. Le panorama y est spectaculaire. La vue sur El Risco de Famara imprenable, sans parler de celle offerte sur l’île encore sauvage de Graciosa.

 
 
 
 

LAGOMAR

Niché dans une carrière volcanique, l’ancienne maison tristement célèbre d’Omar Sharif semble surgir d’un rêve minéral. Conçue par Manrique et rejoint par l’artiste Jesus Soto, la maison épouse les reliefs d’une roche torturée par un enchevêtrement de grottes, de terrasses et de passages secrets. Escaliers creusés dans la pierre, patios suspendus, végétation surgissant des failles… tout invite à se perdre dans la beauté de l’endroit qui offre régulièrement des résidences d’artistes et concerts.

 







CASA MUSEO DEL CAMPESINO

Au centre de l’île, la Casa Museo rend hommage à la mémoire agricole de Lanzarote. Manrique y célèbre une ruralité façonnée par la contrainte volcanique. Le monde paysan ainsi que les savoir-faire traditionnels y sont mis en avant rappelant que l’identité de l’île ne tient pas seulement en ses paysages mais aussi à ceux qui l’ont habité.

 
 

JAMEOS DEL AGUA

Dans un ancien tunnel volcanique, ce dernier crochet de l’héritage de Manrique est un lieu hors du temps. Sous la surface de la Terre, entre lac souterrain, terrasses minérales et piscine blanche bordée de palmiers surgissant tel un mirage sur les hauteurs, l’auditorium creusé dans la roche prolonge cette sensation d’un lieu imaginaire. Le dessin minimaliste du mobilier en teck juxtaposé au calepinage du sol en pierre de lave viennent souligner la grandeur de la végétation qui s’épanouie sur plusieurs mètres de haut depuis les entrailles de la Terre.

 













Pendant plus de vingt ans, refusant que ses terres natales ne cèdent aux dérives du tourisme de masse qui ont marqué nos littoraux, César Manrique a façonné Lanzarote comme un projet artistique à ciel ouvert. A sa disparition en 1992, l’île entière lui rend hommage. Quelques mois plus tard, l’UNESCO classe Lanzarote réserve de biosphère – comme une reconnaissance ultime d’un combat mené pour préservé l’équilibre frugale entre l’homme et son environnement.


 



  • Photos Amandine BOIREAU                                                                                                                                                                      ‍

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